
Je suis né à Bruxelles au sortir de la guerre,
Avec l'alexandrin en guise de cerveau ;
J'ai reconnu mon père et su gré à ma mère,
L'escholier a grandi, a choisi ses chevaux
Pour partir en campagne au-delà des moulins
Et mieux que Don Quichotte écraser les vilains.
Passant qui viens ici, lecteur en somnolence,
Prends garde aux mots d'amour, et brise leur silence.
Un Flamand amoureux de la langue française
Qui de la poésie a construit sa maison
Et avec des amis veut se sentir à l'aise
Pour maudire l'ennui sans rime ni raison.
À l'âge de 4 ans, j'ai appris le français, à la Maternelle. Le flamand avait été jusqu'alors mon seul univers sémantique. J'ai ainsi découvert, mot après verbe, traduction après interprétation, cette langue fascinante que je me suis mis à aimer au point de la défendre contre l'invasion mondialiste.
À seize ans, je m'imaginais mélange : un petit tiers de Conscience, un tiers d'Hugo, un tiers de Verlaine, et surtout, un grand tiers de Camus.
Depuis lors, j'ai dû revoir mes fractions comme mon ego, tout en me disant que je viens du pays du surréalisme. Quand on aime, pourquoi s'embarrasser plutôt que de s'embraser?

