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| Ajouté le | 19/07/2010 |
| Parution | 2009 |
| Editeur | Black-out |
| N°ISBN | 9782916753065 |
| Format | 170 pages - 11,0x18,0cm |
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« La cinquantaine, médicalement, devrait signer l’arrêt des boissons fortes. Pour végéter jusqu’à cent ans, la cinquantaine médicale devrait avoir l’odeur de l’eau. Asperges bouillies, jambon blanc maigre - l’adjectif maigre reviendra souvent - purée sans beurre sans sel fromage à vingt pour-cent de matières grasses, fruits. Pas de vin pas de café. Un avant goût de la maison de retraite. » Idée présupposée d’un avenir banal pour des derniers jours on ne peut plus ennuyeux, autrement dit : des lendemains de vieux pantouflard, sans lendemain, justement. Une insignifiante perspective de fin de vie qui était sans compter sur les surprises que réserve l’existence… Et quelles surprises ! Voir tant de membres de son entourage s’évaporer ainsi dans la nature, être soupçonné de meurtre, fuir et être fui, ne plus savoir quoi penser, en arriver à envisager sa culpabilité…
Christian Brissart nous brosse le tableau d’un employer de banque désabusé qui a la fâcheuse tendance de cristalliser les faits divers étranges. Autour de lui gravitent autant d’individus louches que de fils à papa, et s’accumulent autant de disparitions inexpliquées que d’apparitions morcelées. Un récit semi autobiographique touchant, relevé de quelques notes sanguinolentes, le tout baignant dans un désagréable sentiment de fatalité, une sensation d’irrémédiable qui a l’odeur de l’eau.
http://www.les-editions-black-out.com/L-Odeur-de-l-Eau-C-Brissart,90.html
Format : 11 x 18 / ISBN : 9782916753065 / 170 pages / 12 euros
Je suis une immense erreur judiciaire. Une semaine de garde-à-vue dans la cellule du Puy avec une pute et un clochard odorants, effluves croisés d’Harley Davidson et de pelure d’oignon (le vin et le légume), je marine, pour un soi-disant crime odieux. Dans ce putain de trou pour la première fois de ma vie, je le jure sur ce que j’ai de plus précieux. Mais qu’est ce
que je possède de précieux aujourd’hui ? Une semaine à décrypter au plafond le parcours d’une blatte. Quand va-t-elle se décider à tomber dans ma gamelle ? Non, sans déc’, une vraie gamelle en tôle avec un vague brouet où tentent de surnager quelques rondelles de carotte tandis qu’un bout de navet se bat avec un quignon de pain. Je l’ai balancé dans la soupe trop claire, il était rassis. J’attends la suite, en vain. C’est comme dans les films de guerre de 14, la même gamelle, la même soupe. Ça m’aidera à maigrir. Il y a longtemps que je n’avais pas positivé. Le clochard :
« Tu bouffes ça, toi ? Tu n’as donc aucune fierté... »
La pute :
« Je peux ? J’adore, moi, la soupe. »
Le clochard pousse la gamelle en secouant la tête, je m’attends à en voir surgir des milliers de puces, mais non. Une semaine de garde-à-vue, uniquement parce qu’une des bagues que portait le bras de la victime, c’est moi qui l’avait achetée, le bijoutier le certifie et je ne le nie pas. Est-ce un crime pour un vieux solitaire que de tenter d’appâter une riche
biche avec de la joaillerie authentique ?... À quoi servirait de travailler dans une banque si l’on ne pouvait offrir ce luxe à une inconnue ? L’effet magique d’Impulse, place Vendôme... J’ai un alibi, j’étais en boîte à Limoges le soir du meurtre, mais ni le tôlier ni la junkie tout de noir vêtue ne me reconnaissent. Normal, je suis transparent... De plus, vu la cuite inscrite au livre des records qui s’ensuivit, ma mémoire fonctionne au courant alternatif. Me souviens en vrac du mètre d’orgasme, que doivent ignorer les policiers du Puy car à l’annonce de cette réjouissance ils ont méchamment froncé les sourcils, de la carpe qui se débat dans le bocal de
la télé, ils pourront vérifier l’horaire de l’émission, de mon séjour prononcé yeux dans les yeux avec la lunette de mes W.C.
Pas de mobile apparent... Si j’avais dû saucissonner toutes les femmes dont j’ai essuyé un refus... Bref, innocent comme un agneau à naître.
Oh, juste un truc. Je porte des traces de coups, preuve selon eux que la victime athlétique se serait défendue... J’avoue que ça, je ne me l’explique pas ; et pourquoi ne seraient-ce pas les flics eux-mêmes, pour me faire parler ?
Je hurle :
« Laissez-moi sortir, je n’ai rien fait ! »
Coup de matraque sur les doigts.
Tiens, comme quand j’étais gosse,
chacun a la Madeleine de Proust qu’il mérite...
Centre Régional du Livre - Parution de "L’odeur de l’eau" de Christian Brissart
C’est dans un enchaînement à manquer de souffle, où le narrateur passe du coq à l’âne, passant, repassant, virevoltant et jetant l’esbroufe sur une histoire loufoque, que Christian Brissart nous amène, par le biais de son narrateur Jason, sur des questions de cinquantenaires. Trop gros pour s’apprécier, trop vieux pour s’améliorer, cet employé de banque déprime : m’aime-t-on ? Qui suis-je vraiment ? Pourquoi je déprime ? Et pourquoi ce régime ? Et cette fille dont je ne me souviens guère, l’ai-je vraiment tuée ? Et Zoé, que me veut-elle ? Et Suzanne, quand arrêtera-t-elle de jouer ?
C’est en jetant un regard critique sur la cinquantaine que Jason, va tour à tour être accusé de meurtre, innocenté, fuir, revenir, tuer, re-être accusé… Une intrigue des plus originales, une écriture à vous laisser sans voix (et surtout sans souffle), des rebondissements en tout genre, bref, L’Odeur de l’eau, c’est la déroute à chaque paragraphe, qui nous guette et nous surprend.