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Elle avait grandi

Yves BRARD
Vendu par Yves Brard
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Ajouté le 18/07/2010
Parution 2008
Editeur Dunes et vents
N°ISBN 978-2-9531123-0-6
Format 226 pages - 15,0x21,0cm
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Synopsis

Après vingt ans de mariage, on ne compte plus, on se dit que c’est pour toujours. Brigitte et Bertrand incarnent aux yeux des autres un couple exemplaire. Consultant en vue, il brille en société, elle est devenue par la force des choses la femme de … Et soudain, l’équilibre est rompu. Elle, l’autre, celle qu’il a vu naître et grandir, devenue femme, vient brouiller les cartes. Ils se regardent tout à coup différemment et embarquent dans une croisade d’amour qui fait vaciller des vies dont les fondations semblaient indestructibles.
En passant d'un regard à l'autre, tour à tour Elles et Lui, l’auteur nous invite à vivre cette passion de l'intérieur. Un chemin chaotique, où le désir exacerbé est omniprésent, où les cœurs s'écorchent aux pierres coupantes de la jalousie, où les mots tour à tour caressent ou cinglent, où chacun erre à la recherche du sens de sa vie …
Ce roman sans hypocrisie ni complaisance, nous invite, à méditer sur la fidélité, la jalousie, l'amour, le désir, la passion, l'âge, la mort et le temps qui passe en nous faisant partager les émotions des différents protagonistes, le tout s'inscrivant dans une vision quelque peu désabusée de notre société.

Extrait

Lui
J’ai encore, imprégné dans la rétine, la chaleur incandescente de ton dernier regard, cueilli au détour du rétroviseur de ta Mini Cooper, dont tu as fait feuler une dernière fois le moteur avant de t’éloigner de moi, comme un animal pris au piège hurlant sa souffrance et son désar-roi.
J’ai encore dans la tête ce dernier coup de klaxon rauque, sourd, profond, qui résonne comme un ultime au revoir, tentative maladroite pour couper court à ce malaise dont tu sens qu’il m’imprègne déjà. Tu sais qu’il va gonfler, telle une rivière en crue, jusqu’à charrier sur son passage les quelques brindilles de lucidité qui s’essayent à me garder la tête hors de l’eau. Et le flot de cette jalousie dévorante va déferler inexorablement durant ton absence, sans la digue de tes mots pour le contenir.
Cet appel déchirant, lancé au cœur de la nuit, a réveillé quelques mauvais coucheurs ; et les persiennes aux aguets se sont ouvertes sur le sommeil dérangé. Des jurons dérisoires ont été proférés, exutoires à l’insomnie chronique qui a pris pension chez certains, dont la conscience ne pourra plus jamais être en paix.
Comme la nôtre.
Yann, toujours aussi frileux, transpirant l’inquiétude comme une seconde peau, s’est empressé de refermer sa vitre, terrifié sans doute à l’idée qu’un virus puisse pénétrer dans l’habitacle. Je suis ce virus, mais il l’ignore. Le ver est déjà dans le fruit, et même si votre voiture s’éloigne inexorablement, j’ai germé en toi. Si profondément qu’il faudrait te saigner comme un bœuf à l’abattoir pour espérer m’extirper, en patientant jusqu’à ce que le dernier globule s’égoutte et t’assèche enfin de moi. Ne resteraient que des caillots de regrets, qui noirciraient avec le temps…
Elle
Je roule jusqu’à l’aéroport, enveloppée dans mon cocon de nostalgie, à l’abri de son humeur faussement joyeuse, sourde à ses appels muets de complicité, ne lui donnant aucune prise pour commenter le soulagement qui l’envahit lorsqu’il s’éloigne de toi. Non pas qu’il ait le moindre doute – il faudrait pour cela qu’il fasse preuve d’imagination – , mais parce qu’à ta manière, tu lui renvoies en permanence ce qu’il n’est pas. Il faut dire que ton humour de plus en plus caustique en irrite plus d’un, et qu’il faut te connaître comme nous (elle et moi) pour deviner, derrière ces sarcasmes au vitriol, une blessure qui s’élargit au fil des années. Ces années qui te vont si bien, qui te donnent une assurance qui transpire sur moi, un charisme, une séduction qui me chamboulent, me laissant souvent anéantie, vide, n’existant pour quelques secondes que par toi. Mais c’est avec mon petit mari que je pars deux semaines aux Maldives, orpheline de toi, pour un simulacre d’amour où la mer et le soleil m’aideront à digérer la pilule. À tout prendre, c’est préférable, pour se supporter et jouer la comédie, à un deux-pièces à Grigny avec vue sur les voisins et la cage d’escalier ! La détresse a ses degrés, et la réussite sociale de mes parents m’a habituée à un confort que je compte bien perpétuer.
Je roule nerveusement, poussant les rapports jusqu’à flirter avec le rouge du compte-tours, me délectant de le voir se recroqueviller sur son siège, la main exsangue à force de serrer convulsivement la poignée de la portière. Mais il n’ose rien dire, trop timoré en cela comme en tout, et manquant de tripes pour entamer une joute verbale dont il sait qu’il ne sortira pas vainqueur.
Mon chéri, pourquoi n’est-ce pas toi qui sièges là, à mes côtés ? Ta main serpentine à la douceur veloutée louvoierait doucement le long de ma cuisse, pour venir s’échouer au rivage de ma petite culotte encore sage pour quelques secondes. Oubliant bientôt toute pudeur, elle s’écarterait ostensiblement pour toi et inviterait tes doigts à se couler subrepticement dans mon marécage de blés mûrs, jusqu’à déclencher, d’un index fureteur, une ondée qui me laisserait trempée de toi.
Les yeux rivés sur la route qui défile au rythme de tes caresses imaginaires sur ma peau, je frémis de plaisir rien que d’y penser. C’est comme toujours avec toi, la magie du désir qui me transporte. Tu joues les solistes prodiges en pianotant de tes doigts agiles sur mes touches sensibles et je m’applique, comme une élève studieuse, à suivre ta partition, le corps tendu comme les cordes d’un violon, laissant ton archet vibrer en moi jusqu’à ce que jaillisse d’une même voix, la mélodie de notre plaisir.
Flûte ! Je suis partie tellement loin que je viens de rater la sortie vers l’aéroport. Yann maugrée d’un ton boudeur :
– Tu pourrais te concentrer sur ce que tu as à faire plutôt que de rêvasser.
Je renonce à faire écho à sa remarque pour ne pas perdre le fil de mon rêve, que je vais pouvoir prolonger encore quelques minutes grâce à ce petit détour impromptu…

Revue de presse

Commentaires sur le site "Alexandrie.org"
Le succès de cet ouvrage en termes de lecteurs me décide enfin à y jeter un œil. La technique narrative me paraît intéressante (on ne voit les événements qu'à travers la pensée des personnages, alternativement Lui ou Elle), elle permet d'avoir plusieurs points de vue et de vivre le texte de "l'intérieur", comme il est dit dans le résumé. Faulkner avait utilisé cette méthode dans "Tandis que j'agonise", avec une grande efficacité. J'ai aussi remarqué dans "Elle avait grandi" la poésie dont parle Ness, notamment des comparaisons souvent assez originales, et des scènes érotiques assez piquantes. A suivre.

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