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| Ajouté le | 19/07/2010 |
| Parution | 2008 |
| Editeur | Black-out |
| N°ISBN | 9782916753034 |
| Format | 80 pages - 18,0x20,0cm |
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« C’est notre grande maladie de parler
pour ne rien voir. »
[ René Daumal ] - Poésie noire, poésie blanche
N’écrit pas qui veut, mais qui a su libérer sa langue et osé l’aiguiser à son regard, au risque de se mettre le doigt dans l’oeil ou pire.
Les auteurs des textes de ce recueil ont tous une voix qui porte et nous interpelle car ils sont parvenus à lui donner corps et substance. Autant de voix distinctes auxquelles nous pouvons presque associer un visage ou une expression, selon leur façon de décrire un objet, un souvenir, un regret...
Chacun trouvera dans ce recueil une intonation qui lui sera familière et peut-être aussi un écho de sa propre histoire.
Emmanuelle Waeckerlé
Recueil rédigé par une dizaine d’auteurs d’horizons très différents, réunis lors d’ateliers d’écriture sous l’égide et autour de Michel C. Thomas (écrivain clermontois confirmé, auteur de « De la paresse des sentiments », « La Discorde », « Je pense à vous » tous trois aux éditions Bleu autour) accueilli dans la résidence d’auteur 2006 - 2007 de Saint-Yrieix-la-Perche (87).
Ateliers d’écriture organisés sur le thème : les divers temps pris par le verbe ; et autour des consignes de Michel C. Thomas.
http://www.les-editions-black-out.com/Le-Temps-Des-Mots.html
ISBN : 9782916753034 / 80 pages / 6 euros
Conditionnel
Si j’écrivais j’écrirais pour me perdre et vous avec
Si j’écrivais j’écrirais et je le crierais
Si j’écrivais, ah si j’écrivais j’écrirais lentement, très lentement. J’écrirais à tâtons comme je le fais maintenant, chaque mot appelant le prochain pour mieux le dire ou le mal dire. Plus j’avance plus je me perds et moins j’en sais. Tantôt dévalant la page à mots découverts tantôt à me battre pour chaque ligne sans jamais abandonner le fil qui me conduira peut-être au pays du mot sur mesure, du mot qui collera si bien à la peau de ma pensée la révélant implacable, incontournable, encombrante.
On dit dans certaines cultures (hindou et bouddhiste) qu’aucunes pensées, aucunes paroles ne se perdent jamais, qu’une fois émises elles existent à jamais. J’imagine l’air que nous respirons, saturé de tous ces mots puissants d’invisibilité : comme le schizophrène qui, nu sur la plage, ferme les yeux pour ne pas être vu.
Je veux que chaque mot écrit prenne corps immédiatement.
Alors je m’attaquerais au tas de connections de sensations d’émotions sur lequel je me débats et me délecte parfois. Je l’écrirais comme Artaud, qui, rongé par le génie et la folie, libère dans l’écriture sa vision si radicale de la sur-vie. Comme Beckett qui en quatre mots la résume : “on crie on vit, on pleure on meurt”. Comme Michaux qui encre et ancre en direct les expériences hallucinogènes qu’il s’inflige, sans délai aucun entre le mot et son vécu. Comme Gertrud Stein qui à coups de répétitions permutations énumérations arrive à nous emmener derrière ce qu’elle écrit. Comme Perec Baudelaire ou Calvino, comme Murukami Paul Auster ou Angela Carter, et pourquoi pas comme Proust et Bataille, travaillant main dans la main.
Je veux que chaque mot écrit ne puisse plus jamais être renié ou oublié.
Alors j’écrirais tout ce que nous cachons entre les mots. Je l’écrirais lentement, très lentement comme un enfant qui vient d’apprendre, ou un amnésique qui réapprend. Je l’écrirais lentement, très lentement comme si j’écrivais dans une autre langue. Puis, reconnaissant l’impasse où je me retrouve souvent, comme je le fais maintenant, je constaterais la futilité de mes efforts. Têtue, je recommencerais lentement, très lentement, jusqu’à ce que je parvienne à une autre fin.
Si j’écrivais j’écrirais point final.
Emmanuelle Waeckerlé
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