| Vendu par | annie murat et les éditions du taillepage Accéder à sa page perso |
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| Ajouté le | 14/10/2009 |
| Parution | 2008 |
| Editeur | EDITIONS DU TAILLEPAGE |
| N°ISBN | 978-2-9529112-2-1 |
| Format | 132 pages - 14,5x20,5cm |
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Des hautes vallées cévenoles aux rues bavardes de Montpellier, des destins se croisent, se frô-lent, se télescopent ou s’éloignent à jamais, dans un jeu de miroirs où il nous semble parfois reconnaître quelqu’un. Libre à nous de reconstruire le puzzle.
La nouvelle a ceci de magique qu’elle peut, en quelques pages, nous enfermer dans un huis clos étouffant d’où on ressort à la limite de l’asphyxie, ou nous conduire en lisière de mondes béants où l’on voudrait pouvoir s’attarder. Ou se perdre.
NOIR
Noir. Des yeux de miel sauvage, bruns et pro-fonds, transparents, chauds. Liquides. Des dents à cas-ser les coquilles de noix, à briser les nuques fragiles. Un corps mince et souple, lisse, fait pour la course et le combat et qui restait là, dans l’attente d’un geste, d’un mot. Il n’y a rien qui puisse définir ce sentiment de puissance paisible, cette présence douce et inquiète, rassurante.
Soudain, il se levait, et ils n’existaient plus pour lui. Autre chose, ailleurs, l’avait emporté. Comme sourd à leurs voix, à leur existence même, il disparais-sait, plus sombre que la nuit, sans traces, sans reflets sous la lune. Au matin, il était là, silencieux, attentif. Il lui arrivait de boiter un peu, sans se plaindre, sans qu’on puisse savoir ce qui s’était passé. Parfois, une trace de sang presque invisible sur le noir profond fai-sait craindre quelque mystérieuse violence. Et pourtant, c’était un de ces êtres sans méchanceté, magnanimes et doux, dont l’élégance et la noblesse nous effarent tant nous nous sentons médiocres et mal embouchés dans leur regard.
Mais la nuit, qui était-il ? Loup-garou ou vaga-bond solitaire ?
Ce matin-là non plus, ils n’ont pas su d’où il ve-nait. Ils ne le sauraient jamais. Une plaie profonde, la peau déchirée en angle, comme un accroc dans un tissu, et cette misère sur tout le corps, cet abandon, ce renon-cement.
Ont-ils fait les bons gestes, ont-ils eu assez d’amour pour admettre cette marque d’une vie cruelle, si éloignée de la leur, tout en douceur et complicité ? Quand ils ont tenté de soigner la plaie, avec un peu d’appréhension devant l’ampleur des dégâts, le risque de le faire souffrir, et celui d’une réaction de défense de sa part, il a saisi délicatement le poignet de la femme, et l’a gardé ainsi prisonnier dans un étau de velours qui aurait pu se muer en machine à broyer. Les yeux bruns ne quittaient pas son visage, comme pour y lire ses in-tentions. Pas la moindre trace d’appréhension ni de menace. Il attendait, confiant.
*
Leurs soins dérisoires n’ont pas suffi à le sau-ver. Un choc mortel avait sans doute fait exploser ses viscères et, quelques heures après, il gisait, immobile, le regard vitreux.
Il n’y avait plus rien à faire. La tête posée sur la sienne, elle a hurlé son nom. Hurlé, comme une louve, sans retenue.
Il a fallu agir. Inutile d’attendre. Creuser un trou dans la forêt. Envelopper son corps dans une couver-ture ; geste frivole, pour se rassurer sur la suite, sur le devenir de ce corps parfait qui allait se défaire dans l’humus, au pied d’un arbre. Ils l’ont confié à la terre, entassé des pierres sur cette sépulture barbare, et comme aucun d’entre eux ne croit aux cieux, à la survie des âmes, à la sublimation des corps, ils ont fui, misé-rables.
Quelques jours plus tard, ils ont retrouvé le trou bouleversé, les pierres rejetées sur le côté, mêlées à la terre et, plus loin, son cadavre, à moitié enfoui sous un buisson. Comme s’il avait cherché à se dissimuler pour échapper à ces bourreaux, en qui il avait confiance, et qui l’avaient enterré vivant. Car, il faudra bien l’admettre, il devait être encore en vie quand ils ont recouvert son corps. Quelle autre explication pourrait-il y avoir ? Aucun fauve ne hante les forêts cévenoles, qui pourrait avoir la force de déterrer un si grand chien.
Et pourtant, c’est impossible ; le poids de la terre, des pierres
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